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À PROPOS DE LA CHARTE DES PRINCIPES POUR L’ISLAM DE FRANCE

Paris, 28 janvier 2021

Fouad ALAOUI

Plusieurs personnes m’ont contacté au sujet de mon intervention la semaine dernière au sujet de la Charte qui a été signée par plusieurs fédérations musulmanes et intitulée : Charte des principes pour l’Islam de France. Vu que cette intervention n’a pas été enregistrée, je me permets de reproduire ici, très brièvement, les principaux points que j’ai abordés.

Avant tout je tiens à préciser ce qui suit :

Les principes mentionnés dans la Charte qui nous a été présentée sont portés par la quasi-majorité des musulmans de France et de leurs structures représentatives locales, régionales et nationales. Le problème ne réside donc pas dans l’énumération de ces principes, mais dans le contexte où ils sont édictés et dans la rédaction hasardeuse qui en est faite.

Mon opposition à cette charte ne remet absolument pas en cause mon respect à ceux qui l’ont signé ni ma conviction qu’ils cherchent à servir notre noble religion et son intégration dans le tissu religieux et social de notre pays.

Je commence par des remarques d’ordre général :

1- Je regrette très fortement cette sommation qui est faite par l’État aux musulmans de France, à travers les fédérations musulmanes, de confirmer (ou de reconfirmer) leur attachement et leur respect aux valeurs et lois de la République. Cette position ayant déjà été exprimée lorsque le processus Al Istishara (La Consultation) avait été engagé en octobre 1999 par M. J.P. Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, en vue de mettre en place une instance représentative du culte musulman en France. Après des semaines de discussions, les fédérations et les grandes mosquées, qui avaient été invitées à participer à ce grand projet, avaient élaboré un document intitulé « Déclaration d’intention relative aux droits et obligations des Fidèles du culte musulmans en France ». Ce document, signé le 28 janvier 2000, ce qui a été alors considéré comme un moment historique de l’histoire de France.

20 ans après, l’État reformule la même demande, dans la perspective de créer un Conseil national des Imams, et opère donc un retour en arrière et une déconsidération des efforts entrepris depuis

des décennies par l’ensemble de la composante musulmane de France. Cette demande montre que l’État hésite encore à faire confiance aux millions de citoyens musulmans qui font partie de la communauté nationale de ce pays. C’est ce comportement qui devient inacceptable par l’immense majorité des musulmans de France et j’aurai aimé que les fédérations signataires de cette charte soient les porte-parole de ce sentiment.

Les musulmans de France veulent que l’État et la société entière leur témoignent d’une confiance qui n’a plus besoin d’être démontrée.

2- Cette Charte a été élaborée sans concertation aucune avec les premiers intéressés, les Imams. Sur tout le territoire national, les imams officient dans les mosquées et ils ont droit au respect et à la considération. Les consulter et les associer dans ce projet aurait été une occasion de connaître leur avis et d’approcher de très près leur réalité quotidienne qui aurait sûrement aidé à la rédaction de cette charte.

3- Les principes mentionnés dans cette charte sont ceux qui sont portés par la quasi-majorité des imams de notre pays. Par contre, la rédaction qui en est faite laisse comprendre que les imams ont à apprendre comment exercer leur fonction et selon quelles bases.

Quant au contenu de cette charte :

1- Dans le Préambule on lit : … Aucune conviction religieuse ne peut être invoquée pour se soustraire aux obligations des citoyens…”
Le problème ne réside pas dans une prétendue volonté des citoyens de confession musulmane de se

soustraire à leurs obligations de citoyens, mais il est à craindre que leurs convictions religieuses soient décriées et pointées du doigt alors qu’en tant que citoyens, les musulmans ont droit à la liberté de conscience et de religion. Cette liberté n’a aucune valeur si elle ne participe pas de la liberté d’expression du citoyen.

2- L’article 1 stipule : … Elle contribue à instaurer des rapports apaisés et confiants entre la communauté nationale, dans sa diversité et sa pluralité, et tous les musulmans vivant sur le territoire de la République, qu’ils soient nationaux ou résidents étrangers. Tout signataire de cette charte s’engage donc, dans le respect et la dignité, à œuvrer pour la paix civile et à lutter contre toute forme de violence et de haine.”

Les rapports apaisés et confiants entre la communauté nationale et les musulmans vivants sur le territoire national ont toujours existé et il est inexact de dire que c’est par cette charte que ces rapports vont débuter.
Aussi, je conteste que soit écrit : « Tout signataire de cette charte s’engage donc, dans le respect et la dignité, à œuvrer pour la paix civile et à lutter contre toute forme de violence et de haine ». Nul besoin d’être signataire de cette charte pour s’engager dans ce sens. Et l’immense majorité des musulmans, Imams ou pas, n’aspirent qu’à la paix civile et à la prospérité. Les attentats perpétrés sur le sol national s’attaquent à la France sans distinction aucune entre les citoyens, qu’ils soient musulmans ou pas.

3- Dans l’article 2 on lit : “… Le principe d’égalité devant la loi nous oblige à nous conformer aux règles communes et les faire prévaloir sur toutes les normes et règles y compris celles issues de nos convictions et/ou de nos interprétations religieuses.”
Cet article introduit à la fois une confusion et une contradiction. Confusion entre ce qui relève de la

loi qui s’impose à tous et des convictions et normes qui relèvent des libertés individuelles. Parler d’égalité, implique en effet de ne pas supposer des normes particulières à une seule composante de la communauté nationale.

4- L’article 3, ajoute : « … Ainsi les signataires s’engagent à ne pas criminaliser un renoncement à l’islam, ni à le qualifier « d’apostasie » (ridda), encore moins de stigmatiser ou d’appeler, de manière directe ou indirecte, à attenter à l’intégrité physique ou morale de celles ou de ceux qui renoncent à une religion.»

Je n’ai jamais entendu en France, un Imam ou un responsable associatif musulman tenir un propos criminalisant le renoncement à l’Islam. Par contre, pourquoi demander aux imams de ne pas parler de ridda quand ils sont sollicités au sujet de ce renoncement ? Le terme ridda signifie « renoncement » et il a été utilisé par le Coran pour décrire le changement de religion ; donc il n’a rien de péjoratif. Il est aussi du rôle de l’Imam d’expliquer à toute personne qui le questionne les conséquences religieuses de la ridda. Ne pas criminaliser, oui, mais ne pas nommer est en soi un abus qui donne au terme ridda une portée dévoyée. Bien entendu, la foi est une question personnelle et chacun est libre d’adopter la foi qu’il veut ou de la changer sans qu’il craigne pour sa personne.

Dans ce sens, j’aurais aussi aimé que soit mentionné l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, relatif à la liberté de pratiquer sa religion, en plus de l’article 9 qui est cité dans cette charte.

5- L’article 4, il est écrit : « … Nous nous attachons donc à faire respecter ce principe d’égalité conformément aux lois de la République en rappelant aux fidèles, dans le cadre de notre rôle pédagogique, que certaines pratiques culturelles prétendument musulmanes ne relèvent pas de l’Islam. »

La formulation de ce passage reste ambiguë et sujette aux interprétations, ce qui ne peut constituer une base d’engagement sérieux.
6- Dans l’article 5, on lit : « … Toutes les formes de racisme, de discrimination et de haine de l’autre, notamment les actes antimusulmans, les actes antisémites, l’homophobie et la misogynie

sont des délits pénalement condamnés. Ils sont également l’expression d’une déchéance de l’esprit et du cœur qu’aucune foi sincère ne saurait accepter. »
Il est étonnant de faire signer aux Imams, citoyens parmi d’autres, le rejet de délits que la loi condamne.

On lit aussi : « Il y a au sein de l’islam, des courants et des interprétations qui peuvent diverger : ils ne se hiérarchisent pas. » « Les signataires de cette charte s’engagent à accepter de débattre et d’échanger avec leurs coreligionnaires sans les disqualifier par des jugements théologiques ou politiques dictés par des théoriciens, idéologues ou des États étrangers. ».

Comment parler d’interprétations, qui relèvent de l’effort intellectuel de chacun, sans parler d’hiérarchisation ?! Ceci est un déni de la liberté de pensée et un renoncement à la diversité. Il est du droit de chacun d’opter pour tel ou tel choix et de considérer qu’il est meilleur que les autres ; bien évidemment dans le respect.

6- L’article 6 est l’occasion de dénoncer « l’Islam politique » or quelle définition et quel contenu donnent les rédacteurs de cette charte à ce terme ? J’aimerais bien les lire. Ma crainte est de considérer « Islam politique » toute expression des musulmans dans le champ politique. En fait, je ne connais pas d’associations musulmanes, œuvrant dans le champ cultuel, qui a une activité dans le champ politique tel que défini par la loi. Enfin, désigner trois mouvements de pensées musulmans en tant que mouvements à dénoncer par les imams est une aberration. Ces mouvements, qu’on soit d’accord avec eux ou non, font partie de la réalité musulmane en France et ailleurs et il est regrettable que les fédérations signataires de ce texte se permettent de se mettre dans le rôle de police des consciences. Les courants de pensée ne peuvent être censurés, seuls les actes et les paroles délictueux doivent répondre devant la loi.

Dans le même article 6 il est écrit : « Les signataires doivent rejeter clairement toute ingérence de l’étranger dans la gestion de leurs mosquées et la mission de leurs imams. » En réalité, Cette ingérence existe déjà, et l’on ne peut qu’appuyer un tel appel à libérer les mosquées et les Imams de toute injonction politique.

Dans l’article 8, il est écrit : « … Afin de préserver la paix civile et la concorde, nous appelons au respect envers tous les citoyens et notamment en direction de celles et ceux qui exercent une mission de service public et d’intérêt général. »

Vraiment je ne vois pas quelle est l’utilité de cette injonction à l’adresse des Imams sauf à répondre à une actualité brulante qui nourrit la suspicion à l’encontre des musulmans pour des actes dont ils ne sont pas responsables.

Dans l’article 9, il est écrit : « … Dès lors, les dénonciations d’un prétendu racisme d’Etat, comme toutes les postures victimaires, relèvent de la diffamation. Elles nourrissent et exacerbent à la fois la haine antimusulmane et la haine de la France. »

Le rédacteur de cette charte semble ignorer le malaise actuel existant chez une large frange des citoyens de confession musulmane quant à la tournure que prend le discours politique et médiatique dans notre pays au sujet de l’Islam et des musulmans. Vouloir faire abstraction de ce malaise en le qualifiant de « posture victimaire » est une œuvre contre-productive. Ceci dit, il ne s’agit pas d’approuver toute posture victimaire, mais de soutenir les victimes lorsque leur préjudice est avéré.

Dieu est plus savant, et qu’Il me pardonne si je me trompe.

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